Manuel à l’Usage des Femmes de ménage, Lucia Berlin...

Des nouvelles? Genre peu prisé des lecteurs français… Et pourtant, quoi de plus adapté à notre époque frénétique que cette forme brève, efficace et percutante, dans laquelle excellent les auteurs américains? Lucia Berlin est de ceux-là. Les textes de Manuel à l’usage des femmes de ménage inspirés par sa vie mouvementée et par les nombreux métiers qu’elle a exercés entre USA, Chili et Mexique, sont autant de flashs de vie. Elle sait évoquer un univers, donner vie à des personnages et nous toucher en quelques pages. Au fil des histoires, on retrouve une jeune femme qui lui ressemble avec ses quatre fils, sa mère alcoolique, ses liaisons passionnées, ses galères et son énergie combative. On rencontre aussi des paumés, des cabossés de la vie : vieillard sénile, jockey blessé, toxicos, alcooliques, patients des urgences, vieux couple fragile … De ceux que l’on croise sans les voir dans les bus, les hôpitaux, les laveries automatiques et qu’elle sait regarder. Cela pourrait être sordide, désespéré ou larmoyant. Tout est une question de distance et de style : dosage entre humour et empathie, sens des dialogues et du petit détail vrai. C’est à la fois drôle et terrible, émouvant et généreux. Humain, tout simplement. Manuel à l’usage des femmes de ménage, Lucia Berlin, traduit de l’américain par Valérie Malfoy, Le Livre de poche, octobre...

Des nouvelles du monde (2) Août05

Des nouvelles du monde (2)

« Des nouvelles du Monde », la suite. États-Unis, Japon, Russie…  LHP fait le grand écart pour vous présenter la suite de ses recueils de prédilection. Lire Bukowski relève toujours de l’épreuve. Ses Nouveaux Contes de la folie ordinaire ne dérogent pas à la règle et portent merveilleusement bien leur nom – même s’il ne s’agit que d’une version bien édulcorée du titre original Erections, ejaculations, exhibitions and general tales of ordinary madness -. Bukowski nous offre sur un comptoir souillé de bière, de mégots et de foutre, les aspects les plus sombres, les plus monstrueux, les plus fous de l’humanité. C’est cru, brut, sale, révoltant. Il faut s’accrocher à la plume lapidaire et sans concession de l’auteur américain et parfois se faire violence pour ne pas refermer le livre. Ce qui l’intéresse ce sont les corps dans ce qu’ils ont de plus rebutant : le sexe sans amour avec des prostituées, la femme qu’on aime parce qu’« elle avait une bouche comme des ventouses à déboucher les chiottes », les poumons qu’on crache, les poings qu’on fait éclater sur le visage d’un homme à terre, « la merde » qu’on étale sans se retenir et qui obsède le narrateur. Dans cette galerie de portraits macabres, rien n’est à sauver, tout est à vomir : deux amis s’amusent à violer un cadavre sur la plage, un homme sent son désir monter pour une fillette et la viole, un fils écrit à sa mère tout en tranchant un pénis… Bukowski nous entraîne au-delà du pessimisme et du dégoût, il nous invite à la table des monstres. Et lorsqu’il se met en scène, c’est pour apporter une réflexion désabusée sur la poésie contemporaine et sur tous ces types qui « pissent leur petite littérature ». Et la sienne est à l’image du propos : sans fioriture, sèche...