La fille de Brest, Emmanuelle Bercot Déc04

La fille de Brest, Emmanuelle Bercot

Emmanuelle Bercot semble aimer les portraits de femmes. Après son dernier film consacré au travail épineux d’une juge pour enfants, elle s’empare du personnage d’Irène Frachon, connu depuis 2007 pour son combat contre le Mediator. Hommage à cette médecin hors pair qui a su lever la tempête depuis son CHU du bout des terres, La Fille de Brest explose comme un hymne joyeux et puissant. Nul doute que la cinéaste souhaite contribuer à médiatiser encore davantage ce scandale de santé publique, à un moment où l’affaire est loin d’être liquidée ; Irène Frachon, qui a accepté ce projet d’adaptation de son livre Mediator 150mg, Combien de morts? et suivi les étapes de la réalisation, remercie ce vent favorable qui ramène le paquebot Mediator à la vue de tous. Mais le film apparait aussi comme une belle relecture du réel, éclairant son profond rapport au mythe, et exalte un héroïsme féminin tout en lutte et en espoir. En 2007, la pneumologue Irène Frachon n’est pas seule à lancer l’alerte sur la cardiotoxicité du Mediator, anti-diabétique commercialisé par les laboratoires Servier depuis 1976. Au CHU de Brest, plusieurs médecins et chercheurs mènent l’enquête à ses côtés, mais se heurtent au mépris de l’industriel et de certaines instances médicales. Dès le départ, la configuration de la lutte rappelle toute la mythologie des combats inégaux et opiniâtres, de David contre Goliath au petit village gaulois contre les Romains. La réalisatrice ne boude donc pas son plaisir en jouant sur l’opposition entre la horde des Bretons et les représentants parisiens du laboratoire et des autorités sanitaires. La scène durant laquelle la fine équipe ne parvient pas à s’extraire du tourniquet à l’entrée de l’Afssaps (Agence nationale de sécurité du médicament de l’époque) est assez drôle et bien vue –...