Paterson, Jim Jarmusch Jan02

Paterson, Jim Jarmusch

Paterson est une petite ville du New Jersey, Allen Ginsberg, William Carlos Williams et Lou Costello y ont traîné leurs guêtres. Paterson, c’est aussi le nom d’un type simple, un chauffeur de bus, citoyen modèle qui habite une petite maison avec Laura. Mais ce Paterson a quelque chose de plus : c’est un poète. Cette curieuse homonymie n’est pas anodine. Le chauffeur parcourt la ville, observe ses passants, ses rues, ses boutiques, il écoute ses bruits, ses conversations. Les poèmes de Paterson sont Paterson. Poésie intégrale, poésie du rien, du banal, du quotidien, il y a chez lui du Francis Ponge quand il révèle la beauté et la puissance d’une petite boîte d’allumettes, du William Carlos Williams – référence explicite du film – quand il fait résonner d’inutiles considérations. Les mots que le réalisateur incruste consciencieusement à l’écran dès que les vers se créent sont finalement moins importants que le terreau duquel ils sont extraits. Paterson sillonne la ville avec humilité et placidité, sans préjugé, à l’affût de cette beauté susceptible de surgir à tout moment, à la seule condition de la désirer. Mais Paterson n’écrit pas pour la gloire, il n’enregistre rien, ne fait aucune copie. Il vit son art comme une simple occupation. Les échecs pour Doc le barman, une fille pour Everett l’acteur risible, les cupcakes pour Laura. Lui, c’est la poésie. On s’échappe comme on peut. Paterson, c’est le type qui s’arrête devant des câbles emmêlés et trouve ça beau. C’est celui qui s’émeut d’une conversation entre deux gentils lourdauds, dragués qu’ils sont par de superbes créatures. C’est celui qui se perd dans sa chope de bière et se laisse fasciner par le spectacle de boules de billards éparpillées sur le tapis vert. L’image de Jarmusch parvient à nous faire saisir...

Captain Fantastic, Matt Ross Mai20

Captain Fantastic, Matt Ross

Véritable coup de cœur de la sélection Un Certain Regard, ce film magnifique sur l’amour d’un père pour ses enfants est interprété par un Viggo Mortensen impeccable et profondément humain. Non, Captain Fantastic n’est pas l’histoire d’un super héros prêt à sauver le monde. Et l’arrivée à l’improviste de Jean Luc Mélenchon dans la salle (qui viendra prendre place sur le siège voisin au nôtre), n’y changera rien. Ben (Viggo Mortensen) et Leslie ont fait un choix radical: élever leur six enfants loin des artifices de la société. Installée en forêt dans un cadre idyllique, la grande famille vie en parfaite harmonie avec son environnement. Au programme quotidien: chasse à l’arc et au couteau, exercices physiques, escalade, entretien du potager. Mais pas seulement : cours de culture générale, de littérature, de musique … Le cadre posé par la caméra est superbe. Les vies des personnages sont bercées de nature, de culture et d’entraide. On a envie d’en être. Mais  ce parfait équilibre est bientôt rompu par le décès de Leslie qui, hospitalisée depuis plusieurs mois, met fin à ses jours. Ben et les enfants prennent la route pour se rendre à l’enterrement de leur mère bien aimée. La séquence de l’escale chez les cousins est  la plus réussie. On sait que le choc des cultures est inévitable. Le contraste entre les deux familles est saisissant. Certains respirent le mépris, obsédés par leurs jeux vidéos et leur dernière paire de Nike, quand d’autres veulent dormir dehors pour profiter des étoiles. Mais le scénario en fait un peu trop sur l‘éducation parfaite de ces Robinsons new age et ne laisse entrevoir aucune faiblesse dans cette litanie. Les ados parlent trois langues (dont l’esperanto), les plus jeunes ont des connaissances avancées sur l’anatomie humaine. D’autres encore sont capables...

Hands of stones, Jonathan Jakubowicz Mai18

Hands of stones, Jonathan Jakubowicz

Ambiance électrique au pied des marches du Palais des Festivals, ce lundi 16 mai à 22h, pour le grand retour de Robert de Niro qui présente Hands of Stones de Jonathan Jakubowicz. Plus qu’une simple projection hors compétition, c’est un véritable hommage que Le Festival de Cannes a voulu rendre à l’immense acteur américain de 73 ans. Quelques minutes avant le début de la séance, Thierry Frémaux, délégué général du Festival,  invite de Niro à monter sur scène sous les applaudissements. L’immense Théâtre Lumière est plein à craquer. L’acteur de Raging Bull se plie aux remerciements d’usage avant d’orienter son discours sur sa relation singulière avec le Festival (il a été président du jury en 2011). Quand l’acteur rejoint son siège, la salle est debout. Le film retrace l’histoire véritable de Roberto Duran, boxeur panaméen hors norme joué par l’excellent Vénézuélien Edgar Ramirez, présent dans la salle aux côtés du puncheur âgé aujourd’hui de 64 ans. Né dans l’un des quartiers les plus pauvres de Panama, le jeune Duran gravit rapidement les échelons du noble art. Il fait appel à un entraineur mythique, Ray Arcel, campé par Robert De Niro, pour devenir champion du monde de sa catégorie.  Commence alors un règne incontesté sur la boxe mondiale pendant plus de quinze ans, du début des années 70 au milieu des années 80. Ce film de boxe agréable au scénario sans surprise s’inscrit dans la tradition des classiques hollywoodiens du genre, sans bouleverser ni pour autant démériter. Date de sortie : Non connue Réalisé par : Jonathan Jakubowicz Avec : Robert de Niro, Edgar Ramirez Pays de production : USA,...

Le Bon Gros Géant, Steven Spielberg Mai16

Le Bon Gros Géant, Steven Spielberg

Projeté hier sur la croisette, Hors Compétition, The BFG (Le Bon Gros Géant ), adaptation du roman de Roald Dahl par Steven Spielberg, est un conte pour enfant réussi. Bienvenue dans le monde imaginaire des géants, au pays des magirêves et des époumensonges. Sophie, une jeune orpheline d’une dizaine d’année, est insomniaque. C’est durant une ces longues nuits sans sommeil qu’elle se fait enlever par un gentil géant. Ce dernier l’emmène alors dans son lointain pays, et tout devient possible: les rêves et cauchemars virevoltent dans la nature comme des papillons, il suffit d’un filet pour s’en emparer. La grande réussite du film réside dans l’ambiance graphique que Spielberg  impose, jouant avec les ombres et les lumières d’une manière magistrale. Le scénario, simple et efficace, navigue tout en douceur entre conte fantastique, comédie et drame. Le film collectionne les clins d’oeil et références : on est plongé dans un étrange mélange d’Inception (le géant a un atelier de fabrication de rêve) et des Voyages de Gulliver, le tout dans le décors du Seigneur des anneaux. Les nuits londoniennes, magnifiques, rappellent la saga d’Harry Potter. Le personnage du Bon Gros Géant dans son atelier farfelu évoque Geppetto dans sa menuiserie, et l’arbre à rêve est la réplique exacte de l’arbre sacré d’Avatar. Mais toutes ces références finissent par agacer. On aurait voulu avoir la possibilité d’explorer le monde fabuleux des géants sans avoir l’impression de passer un test de culture cinématographique…  Date de sortie : 20 juillet 2016. Réalisateur : Steven Spielberg Avec : Ruby Barnhill, Mark Rylance, Rebecca Hall. Durée : 1h55 min. Pays de production :...

The Revenant, Alejandro Gonzalez Inarritu Fév26

The Revenant, Alejandro Gonzalez Inarritu

Un trappeur lutte pour sa survie dans un western enneigé. Après de belles séquences initiales, le dernier film d’Inarritu, engeance cachée de Mel Gibson et de Quentin Tarantino, s’abîme dans le grotesque. Leonardo DiCaprio réchappe de justesse à un massacre par des Indiens. LDC ne réchappe pas à l’attaque d’un ours (très réaliste, whaou). Mais des lambeaux de son corps bougent encore. Alors successivement ces lambeaux sont enterrés vivants, descendent les chutes du Niagara, se recousent à la braise ardente, errent dans la vastitude glacée, tombent d’une falaise à cheval, piquent un roupillon dans le cheval (dans le cheval, whaou), rêvent d’une église et d’un bifteck. Enfin, revenu d’entre sa charpie, LDC fiche la raclée qu’il mérite au fils de chienne qui a tué son fils. On reconnaît là aisément un chef d’œuvre, en effet : on y joue du violoncelle (« de la contrebasse » selon les fayots du premier rang) on y cite d’autres chefs d’oeuvre (« Sarafian. Non : Tarkovski, Herzog, Lubitsch ! ») le grand acteur souffre. Rampe. Bave, éructe, gît, tremblote, pâlit, bleuit, bref : le grand acteur en chie sa race et ramène l’Oscar avec les dents. on y renverse des gouttes de sang sur de la neige. on y renverse des cuves de sang sur des tonnes de neige. on y montre de très beaux sapins (« des épicéas » (ils vont la fermer ?)). on y opprime des Indiens très bien. Des gros plans, nombreux, permettent de faire connaissance avec les trous de nez de LDC (choisir plutôt une salle petite, un petit écran, et sans premier rang). Puis on rencontre Dieu. C’est un écureuil. Ou bien c’est un arbre. Ou alors c’est du poulet ? Date de sortie : 24 février 2016 Réalisé par : Alejandro Gonzalez Inarritu Avec : Léonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson Durée : 2h36 Pays...

Star Wars – Le Réveil de la force, J.J. Abrams Fév20

Star Wars – Le Réveil de la force, J.J. Abrams...

Une jeune pilleuse d’épaves et un stormtrooper défroqué rejoignent la Résistance pour retrouver Luke Skywalker avant le sinistre Premier Ordre. J.J. Abrams revisite avec succès le plus grand mythe populaire du vingtième siècle. Bouche ouverte, sourire aux lèvres et chatouilles à l’estomac, la présente critique pourrait se limiter à cette triade essentielle. Car retrouver Star Wars, c’est se glisser à nouveau au fond du canapé en skaï de ses parents, un soir de Toussaint, au début des années 1990. C’est retrouver la voix française nasillarde de Solo qui interpelle « Chico » et provoque Leia, c’est sentir sa moustache frémir sous la musique de John Williams, se laisser bercer par cette ambiance irréelle, inimitable. A la nouvelle du rachat de Disney, devant la formidable promesse d’un retour de l’ambiance seventies agrémentée des prouesses technologiques contemporaines, c’était comme si l’on avait appris que Stefan Edberg n’avait que 22 ans et qu’il jouerait la finale de Wimbledon 2016 contre Roger Federer. Bref on était contents. De fait, JJ Abrams n’a pas pris les fans pour des Gungans. L’ensemble est une suite à la logique implacable qui respecte scrupuleusement la trilogie originale. Sans doute un peu trop d’ailleurs. Car le souci de rameuter les fans et d’en conquérir de nouveaux fait de cet opus une œuvre diablement consensuelle : l’intrigue ne possède pas la moindre audace et tourne souvent au pastiche. Etoile de la mort, bataille de X-Wings, méchant masqué hésitant entre l’ombre et la lumière, généalogie des Skywalker réactivée, filiation et parricide…Tous les ingrédients sont là et donnent l’impression d’une vaste arnaque. Alors quoi ? Difficile pourtant de se positionner tant le plaisir est grand de patauger dans ces artifices usés jusqu’à la moelle. JJ Abrams est un maître du genre et sa réalisation au cordeau parvient sans mal...

L’homme irrationnel, Woody Allen Nov03

L’homme irrationnel, Woody Allen

L’Homme irrationnel, c’est Abe Lucas, un universitaire qui cherche désespérément un sens à sa vie. Il ne trouvera son salut ni dans la philosophie qu’il enseigne, ni dans les femmes, mais dans le crime… En dépit d’un habile synopsis et d’acteurs brillants, le dernier film de Woody Allen manque de rythme et les quelques savoureux dialogues ne suffisent pas à convaincre. Le campus d’une petite ville américaine est en émoi : Abe Lucas, professeur éminent de philosophie et personnalité charismatique, vient d’être engagé par l’université. Lucas est un écorché vif qui, entre deux cours, ne rechigne pas à siffler quelques fioles de whisky. Il séduit rapidement collègues et étudiantes, parmi lesquelles Jill Pollard, une Emma Stone brillante et guindée qui, bien que consciente du piège, tombe irrémédiablement sous le charme du beau parleur dépressif. C’est qu’Abe s’exalte, cite Kant, évoque ses nombreux voyages, pense haut et fort. Dandy solitaire au spleen ostensible, Abe, traîne son vague à l’âme et joue volontiers les poètes maudits. Comment résister ? Les parents de l’étudiante, des musiciens, l’ont pourtant prévenue : sa pensée sonne agréablement, mais elle est un peu vide, un peu bancale. Malgré sa popularité et la romance qui lui tend les bras, Abe Lucas ne sort pas de sa torpeur : son existence manque toujours d’un sel nouveau. Le déclic tant espéré surgit un jour de façon inattendue : en écoutant par hasard le désespoir d’une mère de famille malmenée par un juge véreux, Abe Lucas décide d’assassiner l’horrible persécuteur… et de redonner du même coup sens à sa vie. Voir un film de Woody Allen, c’est naviguer entre deux eaux : crier au génie (Match Point, Blue Jasmine) ou soupirer de déception et d’ennui (Vicky Cristina Barcelona, Magic in the Moonlight)… L’Homme irrationnel résume à lui seul...

La Femme au tableau, Simon Curtis Août10

La Femme au tableau, Simon Curtis

A la mort de sa sœur, Maria Altmann, octogénaire charismatique et spirituelle établie à Los Angeles, se met en tête de récupérer cinq toiles de Gustav Klimt. Sa famille, des Juifs notables de la Vienne de l’entre-deux-guerres, en a été spoliée lors de l’annexion de l’Autriche par Hitler en 1938. Parmi ces trésors désormais possessions de l’Etat autrichien se trouve le célébrissime « Portrait d’Adèle », tante idôlatrée par Maria. Dans cette quête improbable, elle s’attache les services d’un jeune avocat américain, Randy Schönberg, petit-fils du musicien, qui va découvrir la nature profonde de l’humiliation subie par les Juifs à mesure qu’il explore ses propres origines. Il était à craindre que Simon Curtis s’abîme dans les poncifs du genre en livrant un énième mémorial des crimes nazis. Mais si le film respecte le cahier des charges du genre et frise par moment le déjà-vu, sa narration est efficace et son rythme impeccable. La mise en scène est sans fausse note et fourmille de bonnes idées. Helen Mirren, l’interprète de Maria, est sublime. Le mot est sans doute galvaudé, mais comment qualifier autrement ce charisme, cette force, cette dignité, cette drôlerie, cette charge émotionnelle évidente mais retenue, cette justesse, cette beauté ? La Femme au tableau se fonde sur le dialogue permanent entre deux époques. Au passé les faits et les souvenirs de Maria ; au présent le procès et les enjeux qui lui sont liés, pressions des gouvernements, de l’opinion publique, dédales administratifs et judiciaires. Dans cette perspective, le cinéaste se heurte à la difficulté de faire cohabiter les deux temporalités et recourt massivement aux flashbacks, dont il évite habilement les écueils : les nombreuses scènes du passé sont insérées avec pertinence et ne cèdent ni  à un tragique stérile, ni à l’exotisme béta du film d’époque. Mieux que...

It Follows, David Robert Mitchell Mar05

It Follows, David Robert Mitchell

Le film de zombies à résonance politique retrouve ses lettres de noblesse avec David Robert Mitchell. Un vrai propos, mais aussi une plastique impeccable et une narration efficace. Et le plaisir du frisson, bien sûr. Un plan circulaire balaye une rue austère du Michigan. Une jeune fille prise de panique se précipite hors de la villa familiale. Pieds nus au milieu de la rue, en petite tenue, elle observe quelque chose dans un mélange d’effroi et de résignation. Tout va bien ?, lui demande une voisine. Oui, répond-elle mécaniquement sans quitter cette chose des yeux. Elle scrute, piétine à reculons, se rue dans sa maison en évitant son père circonspect, récupère les clés de la voiture et fonce droit devant elle. Tout est là dans ce prologue. It Follows est un film de zombies soft qui cultive l’horreur non par le spectaculaire ou l’effet de surprise, mais par la lenteur et la sobriété. La chose en question est simple mais terrifiante. Elle adopte l’apparence d’un anonyme ou d’un proche, et marche lentement vers sa victime. Elle marche, inexorablement. Elle finit toujours par retrouver sa cible, quelle que soit l’avance qu’elle parvient à prendre sur elle. Une seule façon de s’en débarrasser : coucher avec une personne qui deviendra dès lors sa nouvelle convoitise. Ce zombie sexuellement transmissible n’est visible que par ses proies, qu’il n’oublie jamais : s’il réussit à tuer, il se retourne vers la cible précédente. Il faut voir ces êtres désincarnés marcher le regard hagard vers Jay, l’héroïne du film. Il faut la voir – elle comme nous – suspecter chacun des passants qui se dirigent vers elle. L’effroi naît de l’anonymat et tout le monde devient suspect. La foule devient terrifiante, l’autre est un cauchemar. Dans une tension permanente, rehaussée par une bande...

American Sniper, Clint Eastwood Fév28

American Sniper, Clint Eastwood

Inspiré de l’autobiographie du tireur d’élite américain, Américan Sniper nous conte les allers-retours de Chris Kyle entre le champ de bataille irakien et son foyer familial. Le dernier Eastwood, réglé comme du papier à musique, est éminemment ambigu. Il en émane toutefois une tristesse sourde, à mettre au crédit de la très belle performance de Bradley Cooper.  Dans le bourbier irakien de 2003, les Marines ont à leur côté des hommes comme Chris Kyle, des tireurs d’élite chargés d’assurer la protection de ceux qui risquent leur vie en première ligne. Chris Kyle, sniper chez les Seals, ne doute pas une seconde de sa mission ; dès l’enfance, son père lui a appris à se comporter comme un gardien des siens et de son peuple. Il a si bien retenu la leçon qu’il est devenu le sniper le plus meurtrier de l’histoire américaine. Chris Kyle est un homme hors norme, une légende pour les siens, « Shaytan », Satan, pour ses ennemis. Dans son impeccable interprétation du héros made in USA, Bradley Cooper a considérablement forci au point que, à côté de Kyle, tous semblent petits et fragiles. Le sniper est une bête, une montagne de muscles peu loquace et en même temps, le plus précis des tueurs. Le dernier film de Clint Eastwood raconte cette légende dans un découpage scénaristique on ne peut plus classique puisqu’après quelques scènes évoquant la jeunesse de Kyle, le film raconte alternativement ses missions en Irak et ses retours au Texas auprès de sa femme Taya et de leurs enfants. Et c’est à peu près tout. A l’image de son protagoniste, American Sniper est étonnamment peu disert et ne propose pas d’héroïque retournement de situation ; malgré le suspense qui sous-tend les scènes de guérillas urbaines, le film suit son cours comme...

Whiplash, D. Chazelle : Rythm is (not) love Jan18

Whiplash, D. Chazelle : Rythm is (not) love

Dans les interviews qu’il a données à la presse, Damien Chazelle, le réalisateur de Whiplash aime à rappeler qu’il a été, comme Andrew son protagoniste, un étudiant en batterie jazz. Est-ce suffisant pour écrire un bon film sur cette musique ? A l’évidence non, car malgré une maîtrise certaine de la mise en scène et de la tension dramatique, Chazelle réalise une œuvre assez pauvre dont le propos laisse pour le moins dubitatif…  Andrew Neiman est un jeune homme qui sait ce qu’il veut. Admis à la prestigieuse école Shaffer, il n’a qu’un projet, simple et ambitieux, devenir l’un des tout meilleurs ; au point d’ailleurs de se délester des encombrants que constituent sa copine, sa famille… On n’ose pas dire ses amis, il n’en a pas. Prêt à tout pour réussir, il travaille des heures, seul, sur sa batterie, dans un box de répétition décoré de photos de ses idoles, dont Buddy Rich. Lorsque le réputé, le redouté Terence Fletcher l’admet dans son big band, il s’approche un peu plus de son rêve. Mais le maître est aussi un cruel pédagogue, usant des stratégies les plus retorses pour pousser ses élèves toujours plus loin. Dès leur seconde rencontre, il n’hésite pas à profiter des confidences que lui fait son nouveau poulain pour l’humilier en public. Très vite, leur relation musicale, qui constitue le cœur du film, tourne à l’affrontement. Damien Chazelle a confirmé dans la presse que Full Metal Jacket était une influence importante pour son film. Et en effet, on ne peut pas ne pas faire le lien avec la première partie de l’œuvre de Kubrick où l’aboyant sergent instructeur Hartman engueule et humilie les nouvelles recrues. Le problème avec Whiplash, c’est qu’il n’est fondé que sur ce procédé narratif. Les scènes de répétition...

Interstellar, Christopher Nolan Nov11

Interstellar, Christopher Nolan

Dans une odyssée galactique incroyablement spectaculaire, Christopher Nolan a l’ambition démesurée de nous faire éprouver la relativité et de livrer les secrets enfouis au coeur de l’Univers. Malgré ses grosses ficelles, mission accomplie pour Interstellar… La terre se meurt des hommes qui l’ont trop exploitée. Elle se rebelle, oblige ses hôtes à vivre d’une agriculture limitée et les soumet aux tempêtes de sable qui ravagent les foyers et les poumons. Heureusement, la Nasa a un projet secret qui vise à envoyer notre espèce sur une planète habitable. Cooper, le chuchotant Matthew McConaughey, sera le pilote de cette mission ; il est le meilleur que la Nasa ait compté dans ses rangs, avant qu’il ne devienne, comme la plupart des hommes en âge de travailler la terre, un fermier doublé d’un père de famille. Mais Cooper appartient à la race des pionniers, des explorateurs, les yeux toujours rivés sur le ciel. Bref, c’est un Américain. Et il doit sauver le monde par un voyage interstellaire qui le mènera bien loin de chez lui et de ses enfants… Voyage durant lequel le spectateur découvre que l’amour transcende le temps et l’espace, qu’il fait de nous ce que nous sommes. Comme la singularité cachée au cœur du trou noir, l’amour est le secret humain que veut nous dévoiler Christopher Nolan. Bon. Il y a deux façons d’apprécier la dernière livraison de Christopher Nolan. On peut légitimement s’exaspérer des grosses ficelles avec lesquelles le film est construit : une morale de café du commerce (qu’il nous avait déjà peu ou prou infligée dans Inception), des contrastes sonores exubérants, un héros qui donne tout pour sa famille et son monde (un Américain donc), des séquences épiques, d’un pompier assumé. Sans compter une dernière demi-heure ésotérico-mystique qui a le malheur de vouloir...

Magic in the Moonlight, Woody Allen Oct31

Magic in the Moonlight, Woody Allen

On a chaque année plaisir à retrouver Woody Allen. Que le cru soit bon ou mauvais, il y a cette petite musique, ce ton très personnel, ces dialogues pleins d’esprit. On l’aime bien, Woody. Cela dit, ce Magic in the Moonlight nous a laissés froids. La faute à un inhabituel manque de subtilité. Il faut dire que sa précédente livraison, Blue Jasmine, avait porté la barre très haut, et que le sujet de ce nouvel opus faisait saliver : dans les années 1920, le magicien Wei Ling Soo fait fureur sur les scènes du monde entier. Il fait disparaître des éléphants, tranche des femmes en deux, se téléporte d’un sarcophage à un fauteuil. Sous le grimage de l’illusionniste chinois se cache en fait Stanley Crawford, un Anglais snob et grognon, à l’esprit acéré et au scientisme imparable. Ce rationaliste absolu a une seconde passion : démasquer les faux médiums et autres voyants de pacotille. Un vieil ami l’entraîne ainsi sur la Côte d’Azur où il doit confondre Sophie, jeune et ravissante jeune femme qui, par ses « impressions mentales », a mis à ses pieds une riche et influente famille. Les ingrédients étaient donc tous là : un Colin Firth décapant en dandy bougon, une Emma Stone rayonnante en manipulatrice espiègle, un cadre séduisant, une romance impossible, une intrigue policière, une ambiance à la Agatha Christie, une méditation sur le scientisme et la métaphysique, sur l’opportunité de croire ou non en des apparences qui dépassent la raison. Or, le film est convenu et ne surprend jamais, au point d’ennuyer malgré un semblant de suspense. Il y a d’abord cette structure trop visible qui frise ici le mode d’emploi pour cinéaste débutant : présentation des personnages, portraits en action,  apparition des confidents-adjuvants respectifs, personnages secondaires burlesques, puis mise en place de l’intrigue,...

Godzilla (s), Gareth Edwards, Ishiro Honda, Roland Emmerich,… Juin04

Godzilla (s), Gareth Edwards, Ishiro Honda, Roland Emmerich,…...

Godzilla, la grosse bête qui hurle et crache des rayons laser, qui détruit les villes et fait fuir la population en écrasant tout sur son passage… Un bon terreau à navets ? Pour un regard non averti, sans aucun doute. Mais c’est méconnaître l’histoire de la saga, tant celle-ci respecte des codes particuliers qui se répondent et s’entretiennent, et tant elle s’adresse à des communautés bien définies : le peuple japonais, d’abord, les fans internationaux ensuite. Dans cette optique, le Godzilla de 2014 façon Gareth Edwards est une vraie réussite : le film est beau et opère une synthèse intéressante entre la tradition nippone et le savoir-faire américain en matière de spectacle et d’effets spéciaux, un mariage qui avait achoppé de façon consternante en 1998 avec l’épouvantable Godzilla de Roland Emmerich.   Godzilla, 1954 Retour en arrière : en 1954, la Toho, grande maison de production japonaise, confie à Ishirô Honda la réalisation du tout premier Godzilla. La musique, d’une angoissante justesse, est signée Akira Ifukube, le compositeur attitré de la galaxie Godzilla. L’apparition du célèbre monstre est l’occasion d’un chef-d’œuvre atemporel. Dans un style qui allie néoréalisme italien et fantastique désuet, le cinéaste montre un peuple dévasté – tant physiquement que moralement – par une menace qui les dépasse et se révèle incontrôlable. Godzilla, ici, est une pure métaphore du risque nucléaire, métaphore entièrement assumée et même revendiquée : les divers essais nucléaires ont réveillé un monstre endormi depuis des millénaires ; l’œuvre de l’homme finit par se retourner contre lui, la suprématie de la nature se rappelant inexorablement à lui. Godzilla émerge de l’océan et se déplace à travers les cités, écrase tout, réduit la ville à une mer de flammes. L’allégorie donne l’occasion de s’interroger : où se situe la responsabilité de l’homme ? Faut-il étudier cette menace...

Apprenti gigolo, John Turturro Avr28

Apprenti gigolo, John Turturro

Quelle obscure motivation a inspiré John Turturro lorsqu’il a décidé d’écrire et de réaliser ce film dont il est aussi l’acteur principal ? Probablement pas la volonté de faire un chef-d’œuvre ; car le film n’a rien de magistral. Mais il est loin d’être médiocre et J. Turturro tire son épingle du jeu en tant qu’acteur et réalisateur, évoluant dans le répertoire cinématographique new-yorkais comme un pianiste portoricain dans un standard de jazz. Le film est porté par un scénario faussement simplet et s’il apparaît parfois un peu décousu, cela ne lui enlève pas de son charme, fondé sur un formidable art du détail. La trame est la suivante : Murray, libraire facétieux et âgé, spécialisé dans les livres rares (Woody Allen) est contraint de fermer boutique. Pour remédier à ses problèmes d’argent, il propose à son ami fleuriste, Fioravante (J. Turturro), de satisfaire l’appétit sexuel de sa séduisante dermato contre rémunération sonnante et trébuchante. Fioravante se montre d’abord hésitant, mais tout bien pesé, il accepte le contrat. C’est un homme mûr à la fois modeste et charismatique. Il se dégage de lui une fragile virilité ; c’est la synthèse réussie entre le délicat Pino (Do The Right Thing) et le magnifique Jesus Quintana (The Big Lebowski) tous deux incarnés jadis par le même John Turturro. Murray, devenu proxénète, est lui aussi ambivalent : il se montre tout à la fois vénal et d’une tendresse amicale à l’égard de son « partenaire ». A cet égard, Woody Allen ne rate pas ici une belle occasion de surjouer le stéréotype du Juif avide, à la sagesse toute matérialiste. Le duo masculin une fois bien installé, les femmes entrent en jeu, à travers un autre duo joué par Sharon Stone et  Sofia Vergara. En dépit d’une beauté et d’une sensualité ravageuses, elles sont...

Inside Llewyn Davis, Ethan & Joel Coen Déc10

Inside Llewyn Davis, Ethan & Joel Coen

How does it feel To be on your own With no direction home Like a complete unknown Like a rolling stone ?(*)   Pour composer le personnage de Llewyn Davis, les frères Coen se seraient inspirés du guitariste-chanteur folk du début des années 60, Dave Van Ronk, dont le surnom, « the Mayor of MacDougal Street », dit bien l’influence qu’il avait dans le milieu musical du Greenwich village de l’époque. A l’inverse, Llewyn Davis n’est personne dans ce milieu, ou presque. Les réalisateurs choisissent symboliquement de le flanquer du chat de ses amis, échappé de leur domicile, et dont le nom est « Ulysse », lequel, dans le récit d’Homère, se fait aussi appeler « personne ». Et comme Ulysse, Davis va faire un long voyage. Llewyn Davis est un loser magnifique, un rambler sans le sou si souvent dépeint par les folkeux des 60’. Rien ne lui réussit et, dès les premières notes de la chanson inaugurale, il demande à mourir, à être pendu (Hang Me oh hang me), lui qui, bien qu’assez jeune, semble vieux de tous ses échecs accumulés. Dès le début de cet étrange objet cinématographique, Llewyn Davis est seul. Il chante seul, il se réveille seul dans un appartement qui n’est pas le sien. Il court après la reconnaissance artistique, il court après un lit, un canapé, un endroit où dormir quelques heures avant de retourner à sa vie de galère. Au milieu du film, il tente sa chance à Chicago auprès d’Albert Grossman, Le grand producteur folk de l’époque. Mais comme à peu près tout le monde dans sa vie, Grossman ne réagit guère à la grâce de sa musique : personne ne croit vraiment en lui. Mais lui-même, croit-il en qui que ce soit ? Inside Llewyn Davis : le film parle de lui, certes, mais...

Gravity, Alfonso Cuaron Nov16

Gravity, Alfonso Cuaron

Alors que l’équipe d’astronautes de la navette Explorer est en mission de maintenance sur Hubble, un satellite russe est détruit par un missile. Grave conséquence : les débris occasionnés commencent à tourner autour de la Terre et détruisent tout ce qu’ils rencontrent, augmentant sous l’effet d’une réaction en chaîne la masse de ces débris. Toute l’équipe d’Explorer est décimée, sauf deux astronautes alors en sortie extravéhiculaire : Matt Kowalski, campé par George Clooney, commandant chevronné de la mission, et Ryan Stone, astronaute débutante jouée par l’étonnante Sandra Bullock. Commence alors une mission de survie pour ces deux-là, équipés de leurs seules combinaisons et perdus au milieu de l’immensité spatiale. Dès la scène d’ouverture, Alfonso Cuaron donne le ton : à l’occasion d’un plan-séquence interminable et sublime, le réalisateur mexicain nous plonge en orbite. Plongée visuelle d’abord, avec ces magnifiques paysages terrestres qui apparaissent et défilent inopinément, ces vues parcellaires sur le satellite et la navette, sur les astronautes expérimentés qui s’amusent de l’apesanteur. Plongée auditive ensuite, avec la voix off d’Ed Harris, posée, sereine, qui guide la mission depuis Houston, avec les facéties de Kowalski, les soupirs et les inquiétudes de Stone et, surtout, cette surdité, ce vide dans lequel Cuaron nous a plongés avant même la première image du film grâce à un vacarme inharmonieux subitement interrompu. A cette occasion, notons d’emblée la justesse et le génie de la bande son de Gravity, toujours au service de l’image, toute faite de distorsions, de résonnances, de changements de rythmes et d’harmonies déstructurées. Si Cuaron nous livre ici du grand cinéma, c’est d’abord parce qu’il crée une expérience esthétique hors norme. Au long de cette odyssée, la ligne narrative n’a finalement que peu d’intérêt (Bullock et Clooney tâchent de se sauver en regagnant d’autres stations orbitales afin de...

Ma Vie avec Liberace, Steven Soderbergh Sep21

Ma Vie avec Liberace, Steven Soderbergh

Pour son 25ème long métrage, Steven Soderbergh nous présente Liberace, sorte d’hybride entre l’inoxydable Franck Michael et le mythique Zaza de la Cage aux folles. Liberace est une vedette extrêmement populaire du music-hall américain des années 60 et 70, homosexuel exubérant, bête de scène et roi incontestable du kitsch. Soderbergh se focalise sur la fin de carrière de la star, quand, vieillissante, elle vit une passion amoureuse avec Scott Thorson, éphèbe blondinet et musculeux, issu d’un milieu social nettement plus modeste. Le biopic est honnête sans être transcendant, drôle sans être hilarant, malin sans être brillant. Un assez bon divertissement tout au plus. La première apparition de Liberace expédie la question de son talent : il est immense. Seul sur scène, ses mains virtuoses courent sur le clavier de son piano. Il s’arrête en plein morceau pour haranguer la foule : alors que sa main gauche court toujours,  il fait rire son public, lui explique certaines techniques de son boogie-woogie, joue avec lui. Face à ses admirateurs, Liberace est une bête, et, comme nous, Scott est bluffé par ce charisme et cette aisance. Et il y a le strass, les paillettes… De bout en bout, Ma vie avec Liberace  adopte joyeusement le kitsch revendiqué par son héros. Âmes sensibles au mauvais goût, restez chez vous. Soderbergh choisit de concentrer les regards sur la relation problématique que vivent Scott et Liberace. Au début du film, le réalisateur prend soin de mettre en scène le prédécesseur du jeune homme et suggère ainsi que les amants sont interchangeables aux yeux de la vedette. Le personnel domestique du pianiste nous confirme rapidement que Scott n’est ni le premier, ni le dernier à s’ébattre dans les draps de soie de la villa pharaonique de Las Vegas. Dès lors, tout...

Mud, Jeff Nichols Mai02

Mud, Jeff Nichols

Le troisième film de Jeff Nichols, après Shotgun Stories et Take Shelter, témoigne à nouveau du talent du jeune réalisateur. Il se traverse comme un beau roman d’aventures, dont on ne cesse de découvrir la profondeur et dont on se rappelle les personnages avec émotion, notamment grâce aux interprétations de Tye Sheridan et Matthew McConaughey. Ellis et Neckbone, à l’instar de Tom Sawyer ou Huckleberry Finn, vivent sur les bords du Mississipi. Pas d’école, peu de scènes en ville : les deux adolescents apprennent la vie en pleine nature, dorés par la lumière du fleuve. L’aventure commence par un rêve d’enfants. Les garçons partent à la découverte d’une île dont le trésor serait un bateau échoué au sommet d’un arbre. Mais la cabane est déjà occupée par un mystérieux Robinson, qui dit attendre sa bien-aimée et demande l’aide des garçons pour se ravitailler. Neckbone veut partir, ne voyant en lui qu’un « clochard » ; Ellis, lui, s’attache. Ainsi leurs vies se mêlent-elles à celle de l’étranger au nom énigmatique : Mud. La rencontre survient à un moment critique pour Ellis  puisque ses parents sont sur le point de se séparer, avec pour conséquence la destruction de la maison familiale au bord du fleuve. Le père confesse son échec à « prendre les choses en main » et incite son fils à se méfier du sentiment amoureux. C’est l’effondrement d’un monde : l’amour n’est pas éternel, le père n’est pas un héros, et il faut supporter la douleur de perdre pour toujours ce qui nous est cher. Dans ce paysage crépusculaire, Mud surgit comme une promesse inouïe : on peut devenir adulte et conserver intactes les croyances de l’enfance.  Parce que l’étranger est le seul à ne pas avoir « baissé les bras » dans sa passion pour une certaine Juniper, Ellis se montre prêt...

Promised Land, Gus Van Sant Avr18

Promised Land, Gus Van Sant

Avec Promised land, Gus Van Sant aborde le sujet actuel et épineux de l’extraction du gaz de schiste, sujet qui, au cœur d’un questionnement sur la dépendance énergétique, suscite des prises de position souvent violentes et manichéennes. Aux Etats-Unis, le débat est au cœur du mandat Obama. Le réalisateur de Will Hunting et d’Elephant ne se lance pas, on s’en doute, dans un documentaire sur la question ; entre ses mains, le débat écologique est davantage le prétexte à une réflexion sur la démocratie à l’américaine. Résumons. Deux employés d’une grande firme spécialisée dans l’extraction du gaz de schiste, Global, parcourent des campagnes américaines sélectionnées pour de potentiels gisements, afin de convaincre les habitants de laisser l’entreprise exploiter leurs terrains. Le duo de commerciaux est  bien rodé : Steve Butler, chef d’équipe en pleine ascension professionnelle, est accompagné de Sue, une battante à l’esprit délicieusement caustique. Pourtant, lorsqu’ils se rejoignent pour leur énième mission dans une petite bourgade de campagne, rien ne se passe comme prévu. Deux figures grippent le système : un professeur du coin, ancien ingénieur, qui alerte la population ignorant les risques de l’extraction du gaz par fracturation hydraulique, et un écologiste « parachuté », qui dénonce à coups d’images chocs les méfaits d’une telle exploitation. Cette mission retorse, durant laquelle les ratés s’enchaînent jusqu’au comique, est finalement l’occasion d’une prise de conscience chez le personnage principal. On s’attend à retrouver l’habituelle distribution des débats, plaçant d’un côté industriels et exploitants cupides, de l’autre écologistes radicaux. Or, le réalisateur s’attèle à introduire un peu d’ambivalence au pays des opinions tranchées et des caricatures faciles. Le premier parti-pris de Gus Van Sant consiste à faire en sorte que le spectateur s’identifie à Steve Butler, le présumé coupable, représentant d’une firme qui s’enrichit en exploitant le gaz de schiste. Nous sommes de son côté dès la première scène du film : Steve s’asperge le visage d’eau dans les toilettes d’un restaurant, visiblement stressé par un rendez-vous professionnel. Alors que son employeur lui demande la clé de sa réussite, il explique avec sincérité être comme les gens qu’il démarche car il a grandi dans le même genre de petite ville. Sans arrogance ou mépris apparent, Steve est par bien des aspects le prototype du bon gars, simple et souriant. Il répète d’ailleurs à la jeune institutrice qu’il veut séduire : « I’m not a bad guy ». Assez vite, on comprend que son engagement chez Global est lié à sa jeunesse dans une région sinistrée : l’exploitation du gaz de schiste est à ses yeux la seule façon pour ces provinces de ne pas mourir à petit feu. Ainsi se forge notre sympathie à l’égard du personnage, sympathie d’autant plus troublante qu’on ne s’attendait pas à l’éprouver. L’ambivalence de Steve s’accroît au fil des révélations sur ses pratiques de vente – corruption, mensonges, intimidation – qui correspondent plus à notre représentation type du V.R.P. peu scrupuleux, mais constituent, dans la logique du personnage, les petits moyens au service d’un noble projet. De la même façon, la figure de l’écologiste n’est pas très enthousiasmante : Dustin Noble travaille seul, utilise les mêmes stratégies d’intégration que ceux qu’il combat, tombe facilement dans les excès et le spectaculaire (on pense notamment à sa démonstration devant des bambins apeurés sur les méfaits du gaz). On apprendra finalement qu’il n’est qu’une création de toutes pièces de Global. Gus Van Sant nous fait ainsi circuler d’une figure à l’autre du débat pour comprendre chaque position et critiquer ses dérives. Premier point d’une réflexion sur une démocratie plus saine et plus constructive. L’autre point phare de cette réflexion réside dans la mise en lumière de l’extrême pauvreté du débat démocratique. A l’image d’un jeu politique médiatique à plus grande échelle, tenants et opposants du projet d’exploitation ne se situent que dans des activités de communication publicitaire et de lobbying, n’envisageant pas un instant d’argumenter sur le fond du problème de façon rationnelle et éclairée. Quand Steve ne met en...

Happiness Therapy, David O. Russell Fév05

Happiness Therapy, David O. Russell

Pat Solatano est maniaco-dépressif. Tout juste sorti de l’hôpital dans lequel il était interné, il a une obsession : reconquérir la femme qui l’a trompé mais dont il se croit très amoureux. Il rencontre Tiffany, jeune femme perturbée par la mort de son mari. Celle-ci lui propose de l’aider à reconquérir son amour perdu s’il accepte d’être son partenaire pour un concours de danse. Avec Happiness Therapy, David O. Russell se frotte au genre très british de la comédie romantique. Ne ménageons aucun suspense, il s’y vautre de façon assez lamentable. Car le film n’est pas à la hauteur de ses prétentions dont la première d’entre elles est d’être drôle. Les gags sont lourdauds, convenus, souvent pathétiques. Ils conviendraient fort bien aux amateurs de teen movies américains, mais le problème est que le film n’a pas cette modestie. Et le comique pop-corn dans tout ce qu’il a de plus exaspérant se déverse à nos pieds. Les acteurs en prennent aussi pour leur grade : Bradley Cooper s’agite, gesticule, fait le fou, nous explique qu’il est drôle. A tel point que l’on est gêné pour lui. Jennifer Lawrence, crie, pleure, remue dans tous les sens, multiplie les doigts d’honneur. Elle nous montre qu’elle est hystérique, oui, mais pleine de sensibilité. Rappelons qu’elle a obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour cette prestation innommable. Il suffit  visiblement de vociférer en se roulant par terre afin d’être récompensé outre-atlantique. Le scénario n’arrange rien : il est convenu, pauvre, prévisible. L’intrigue repose sur les sentiments refoulés de Pat pour Tiffany. Mais à la fin, l’amour triomphe. Quand Russell tente de nous surprendre, c’est pour livrer un coup de théâtre à ce point convenu qu’on s’en veut de ne pas l’avoir vu arriver. Le tout culmine avec la scène de bonheur familial...

Lincoln, Steven Spielberg Fév01

Lincoln, Steven Spielberg

Avec Lincoln, Steven Spielberg renoue avec son penchant pour la grande Histoire. Après avoir filmé le débarquement dans Il faut sauver le soldat Ryan et traité l’esclavage dans Amistad, le voici qui s’attèle à la figure du légendaire président des Etats-Unis au moment du vote du Treizième amendement abolissant l’esclavage. Si Lincoln est une chronique réussie de la vie politique américaine, le traitement de la matière historique pose problème. Qu’il le veuille ou non, le réalisateur aux prises avec ce genre livre au public une leçon d’Histoire. Il doit à celui-ci de marquer une distance avec son objet d’étude et de l’interroger. Sans cela, il prend le risque d’influencer insidieusement le spectateur en le délestant de son sens critique. Ne nous trompons pas : il s’agit ici d’essayer de distinguer le biopic de qualité de l’apologie facile,  banale et peu stimulante.  Et, malheureusement, ce Lincoln appartient à la seconde catégorie. Spielberg ne fait pas l’économie de pathos ni d’effets grossiers. Il souligne les émotions à grandes doses de musique, joue sur les points de vue, manie à sa guise les tempéraments de ses personnages, berce finalement le spectateur là où il faudrait le tenir éveiller et nourrir sa réflexion. Ces procédés sont contestables dès lors que l’on traite d’Histoire puisqu’ils dissimulent au moins un point de vue culturellement marqué, au plus une interprétation personnelle. Le genre historique réclame de ne pas virer au panégyrique sans quoi il floue le spectateur : il se fait passer pour un travail d’historien alors qu’il n’est qu’un film de divertissement. Cet écueil accompagne en outre une conception étriquée de l’Histoire. On peut notamment déplorer les excès de solennité dans des discours à l’occasion desquels le temps semble s’arrêter. Encore, Lincoln disparaît dans l’ombre, prend la pose, change d’opinion dans un...

Django Unchained, Quentin Tarantino Jan25

Django Unchained, Quentin Tarantino

Y avait-il encore quelque chose à attendre d’un film de Tarantino en 2013 ? Après Inglorious Basterds, parodie médiocre et longuette des films de guerre, après le diptyque Kill Bill, à l’imagerie léchée mais au propos sans intérêt, pouvait-on encore espérer de ce goinfre insatiable de séries B autre chose qu’une énième caricature et qu’un hommage décalé au western ? On se rend donc à reculons à ce Django Unchained et on en ressort avec le sentiment que Tarantino a enfin réalisé son premier film personnel, sans perdre pour autant sa capacité à jouer avec les codes des genres. Son habileté scénaristique, son art de filmer sont enfin au service d’un vrai propos, d’une vraie pensée sur le sujet central du film, l’esclavage. Django, noir asservi, est affranchi par King Schultz, un chasseur de primes humaniste, interprété par le toujours surprenant Christopher Waltz. A eux deux, ils entreprennent de racheter Brumhilda, la femme de Django, possédée par Calvin Candie (L. di Caprio). Pour ce faire, ils se font passer pour deux esclavagistes, Django tenant le rôle du bras droit, du conseiller. Avec Tarantino, on n’y coupe pas, on a droit comme à l’accoutumée aux scènes dialoguées tortueuses, aux combats sanguinolents, aux pastiches cinématographiques appuyés, à l’instar de ces zooms rapides sur un personnage, typiques des westerns spaghettis des 70s. Et, comme d’habitude, on prend plaisir à repérer les références, les citations cinématographiques que sème le réalisateur… A la différence près qu’ici cette mécanique bien huilée ne tourne pas à vide. Django, déchainé, ivre de vengeance, est un personnage vraiment héroïque, admirable dans son combat : on s’identifie, on l’aime, on le prend en pitié. Là où Tarantino fait fort, c’est que son protagoniste est animé d’une profonde ambiguité. Django ne lutte pas en premier lieu pour la...

Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow Jan24

Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow

Zero Dark Thirty est le récit de la traque d’Oussama Ben Laden par un groupe de la C.I.A. jusqu’à son exécution en 2011. Un agent particulièrement tenace, Maya, enjoint ce groupe à ne pas abandonner l’enquête et parvient à remonter la piste jusqu’à la demeure fortifiée d’Abbottabad. Il y avait fort à craindre d’un tel sujet tant il était aisé de s’y fourvoyer. Cependant, Kathryn Bigelow réalise une œuvre haletante qui brille par son intelligence et sa subtilité. La première qualité du film est d’éviter tout jugement moralisateur. Zero Dark Thirty n’est pas un film politique et n’a pas de prétention didactique. On a beaucoup glosé sur la représentation de la torture – certains parlent de polémique – mais l’on a eu tort d’affirmer qu’il s’agissait là d’un thème central du film. Car si la torture est présente, c’est simplement parce qu’elle fait partie de l’enquête. Bigelow prend soin de montrer les faits tels qu’ils sont et laisse les spectateurs juger par eux-mêmes. L’acte de torture n’est donc pas mis en scène pour apitoyer ou dégoûter. Les tortionnaires ne sont ni dénoncés ni excusés. Le spécialiste des « interrogatoires », Dan, joué par Jason Clarke, est plutôt sympathique, en tout cas banal. Il n’est ni un fonctionnaire zélé, obtus, type Eichmann, ni un sadique type Klaus Barbie. Il fait le sale boulot jusqu’à éprouver le besoin de se retirer. Belle audace qui assure que la torture n’est pas le fait d’êtres immoraux, lâches ou obéissants, mais qu’elle nécessite une accoutumance pour évacuer le dégoût qu’elle suscite d’abord et qui toujours est susceptible de réapparaître. L’objectif moral que la torture paraît viser tend à la rendre acceptable, voire nécessaire aux yeux de ses exécutants qui s’habituent à elle assez rapidement. Interdiction, donc, de juger l’humanité de ceux...

The Master, Paul Thomas Anderson Jan10

The Master, Paul Thomas Anderson

A la sortie de The Master, dernier film de Paul Thomas Anderson, il demeure une étrange sensation : celle d’être passé à côté d’un grand film. Tous les ingrédients semblent pourtant réunis : un réalisateur qui a atteint des sommets avec son film précédent There will be blood, des acteurs doués campant remarquablement leurs  personnages, une photographie extraordinaire, des séquences d’une beauté stupéfiante, une bande-son très juste, une nouvelle fois réalisée par le guitariste du groupe Radiohead, Jonny Greenwood, un sujet d’ampleur laissant entrevoir une nouvelle partition majeure. Enthousiasmé par la beauté de l’œuvre, par ses comédiens, soulevé par trente premières minutes ahurissantes, le spectateur ressent pourtant une frustration évidente : on ne trouve pas grand chose à tirer de ce film. Freddy Quell, joué par Joaquin Phoenix, est démobilisé à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. C’est un homme bestial, profondément perturbé par la guerre qui s’achève, inapte aux sentiments et obsédé par un désir sexuel qu’il est incapable d’assouvir. Anderson dresse un sublime portrait en actes de ce soldat inadapté aux temps de paix. D’abord sur une plage du Pacifique avec sa compagnie, puis photographe dans une galerie marchande, plus loin lors d’une beuverie entre ouvriers, chaque séquence, sublime, illustre le décalage d’un homme déphasé. L’excellence de cette entrée en matière se poursuit avec la rencontre du Master, Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), dont Anderson s’attache à nous présenter les ressorts psychologiques : homme d’une grande animalité quant à elle maîtrisée, jouissant d’être entouré, admiré, célébré. Lancaster Dodd est à la tête d’une secte, lui qui aurait découvert la vérité quant à la nature humaine. Sa théorie est fumeuse, grossière, confectionnée à partir de bribes de bouddhisme et de psychanalyse. Tout de suite séduit par Quell, Dodd le prend sous son aile. Il ne se départira pas de...

L’Histoire de Pi, Yann Martel, Ang Lee

Pi, jeune indien affable et farfelu, a la chance de naître au zoo de Pondichéry, propriété de son père. Vivre au milieu d’animaux de toutes espèces n’a rien d’anodin, et Pi développe très vite une curiosité et une aptitude au relativisme assez exceptionnelles. Notre jeune héros s’enthousiasme  ainsi simultanément pour la religion bouddhiste, musulmane et catholique. Il mêle croyances et enseignements, rites et interdits dans un joyeux mélange de toute bonne foi : pourquoi croire à une seule religion à l’exclusion de toutes les autres ? La vie est douce dans la tiédeur du zoo, et Pi pourrait grandir ainsi, de découvertes en découvertes, et devenir un adulte fantasque, certes, mais confiant et équilibré. Il en ira tout autrement : à la suite d’incidents politiques dans le pays, le père de Pi choisit de s’exiler, embarquant sa famille et la plupart des membres du zoo sur un cargo japonais en direction du Canada. Hélas, le bateau fait naufrage et Pi est le seul humain à en réchapper… seul humain, oui, car au fond du canot de sauvetage est tapi Richard Parker, énorme tigre du Bengale, que Pi connaît déjà bien pour l’avoir vu gloutonner une chèvre avec la même facilité que lui-même avale un naan au fromage. Durant 227 jours, Pi devra oublier sa faim, sa soif, sa peur et tenter coûte que coûte d’apprivoiser l’animal, avant que celui-ci ne se décide à en faire son repas. La sortie de l’Odyssée de Pi de Ang Lee était l’occasion de se plonger dans le roman du canadien Yann Martel, que l’on avait raté à sa sortie : sept millions de lecteurs, quarante-deux traductions, Man Booker Prize, autant de raisons de se pencher sur un succès aussi retentissant. Certes, L’Histoire de Pi répond aux codes les plus fameux du roman d’aventure....

Le Hobbit: un Voyage inattendu, Peter Jackson Déc12

Le Hobbit: un Voyage inattendu, Peter Jackson

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce Hobbit a été attendu au tournant. L’appât du gain facile, après le succès du Seigneur des Anneaux, a en effet rendu son existence éminemment suspicieuse aux yeux des gardiens de l’esprit de Tolkien ou des pourfendeurs de l’industrie cinématographique. Ajoutez à cela la relative brièveté du roman de Tolkien confrontée à l’annonce tardive d’une nouvelle trilogie, et la coupe des sceptiques était pleine. Soyons clairs, Le Hobbit, récit picaresque par excellence, n’intéressera pas ceux que la première trilogie de Jackson a laissés froids. Mais il ravira sans doute tous les autres. L’univers de Jackson et sa volonté toujours intacte de respecter l’œuvre de son maître demeurent impeccables. Plus encore que pour la première trilogie, dont la lourdeur mystique et le propos grave faisaient planer un sentiment tout sauf enfantin, il faut se livrer innocemment à cette œuvre pour la goûter pleinement. Voilà donc ce qui se fait de mieux dans le divertissement grand public. Avec Le Hobbit, on rêve, véritablement. Gageure à une époque où l’imaginaire fait souvent défaut à nos artistes. Gageure car l’entertainment est suspect, voire tricard, depuis la floraison des dénonciateurs de complots capitalistes des années soixante. Gageure, enfin, parce que de nombreux films de « divertissement » prennent effectivement leur public pour des idiots et livrent d’innommables navets sans intérêt. Le genre du divertissement, au cinéma, est sans doute paradoxalement le plus délicat à manipuler. La présente critique pourrait s’arrêter ici, tant cette excellence-là suffit à justifier l’œuvre de Jackson. Trolls, géants de pierre, aigles fabuleux, les créatures imaginaires et les situations ubuesques fourmillent dans le film. Une compagnie de Nains part en quête de son territoire originel, occupé par la force depuis longtemps par le terrible – et pour l’instant non visible...

Les Bêtes du sud sauvage, Benh Zeitlin Déc12

Les Bêtes du sud sauvage, Benh Zeitlin

Dans le bayou où vivent Hushpuppy et son père, tout est poisseux, humide, sale et joyeusement délabré. Là, au milieu d’une petite communauté de marginaux, qui refusent le monde moderne, coupé du rapport direct à la nature, l’homme est comme l’animal : Hushpuppy joue, dort, mange avec les bêtes qui l’entourent et composent son jardin quotidien. Bientôt, la petite, en colère contre son père, le frappe en plein cœur et s’imagine que cette agression déclenche ce que l’on soupçonne être l’ouragan Katrina. Quoiqu’il en soit, la fillette, son père et quelques irréductibles de la communauté se réveillent au milieu des ruines de leur bidonville, submergé par les eaux… Ce grand changement est le point de départ de nouvelles aventures pour la petite : accompagner son père jusqu’à la mort, apprendre la survie, retrouver sa mère, mystérieusement disparue. Les Bêtes du Sud Sauvage a l’allure d’un conte initiatique. Benh Zeitlin s’empare de cette forme pour habilement estomper les limites entre le réel et l’imaginaire. C’est la grande force du film, de mêler un réalisme forcené avec les rêves et les peurs de la petite, figurées par de monstrueux et gigantesques aurochs, qui tout au long du film, se rapprochent dangereusement de la communauté. Mais la vie réelle est elle-même plus étrange encore lorsqu’on y a pour guide un père comme celui d’Hushpppy. Il maugréé, dévore, rit, danse, injurie, se bat contre la tempête à coups de fusil. Dwight Henry est fascinant dans ce rôle et charrie avec lui l’énergie et le dynamisme qui irradient en permanence le film. Zeitlin épouse cette vie perpétuellement mouvante avec sa caméra, toujours à l’épaule, instable et flottante à l’instar des eaux que parcourt la petite famille. Ce que l’on prend au départ pour un tic un peu vain de jeune réalisateur...