Happiness Therapy, David O. Russell

Pat Solatano est maniaco-dépressif. Tout juste sorti de l’hôpital dans lequel il était interné, il a une obsession : reconquérir la femme qui l’a trompé mais dont il se croit très amoureux. Il rencontre Tiffany, jeune femme perturbée par la mort de son mari. Celle-ci lui propose de l’aider à reconquérir son amour perdu s’il accepte d’être son partenaire pour un concours de danse.

Avec Happiness Therapy, David O. Russell se frotte au genre très british de la comédie romantique. Ne ménageons aucun suspense, il s’y vautre de façon assez lamentable. Car le film n’est pas à la hauteur de ses prétentions dont la première d’entre elles est d’être drôle. Les gags sont lourdauds, convenus, souvent pathétiques. Ils conviendraient fort bien aux amateurs de teen movies américains, mais le problème est que le film n’a pas cette modestie. Et le comique pop-corn dans tout ce qu’il a de plus exaspérant se déverse à nos pieds.

Les acteurs en prennent aussi pour leur grade : Bradley Cooper s’agite, gesticule, fait le fou, nous explique qu’il est drôle. A tel point que l’on est gêné pour lui. Jennifer Lawrence, crie, pleure, remue dans tous les sens, multiplie les doigts d’honneur. Elle nous montre qu’elle est hystérique, oui, mais pleine de sensibilité. Rappelons qu’elle a obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour cette prestation innommable. Il suffit  visiblement de vociférer en se roulant par terre afin d’être récompensé outre-atlantique.

Le scénario n’arrange rien : il est convenu, pauvre, prévisible. L’intrigue repose sur les sentiments refoulés de Pat pour Tiffany. Mais à la fin, l’amour triomphe. Quand Russell tente de nous surprendre, c’est pour livrer un coup de théâtre à ce point convenu qu’on s’en veut de ne pas l’avoir vu arriver. Le tout culmine avec la scène de bonheur familial finale, tellement cliché que l’on se pince pour être bien sûr que l’on n’assiste pas une parodie de Kad et Olivier. Mais non, Russell est sérieux.

Mais, plus grave, c’est quand le film prétend prendre de la hauteur qu’il devient irritant. Russell a un message : il souhaite nous expliquer que les personnes que l’on pense folles ne sont finalement que décalées, trop sensibles, et que les « fous » ne sont pas ceux que l’on croit. Monsieur et Madame Tout-le-monde sont aussi fous à leur façon. C’est une question de point de vue, voyez-vous. Cette idée caricaturale ne gêne pas seulement par sa niaiserie. Elle dérange davantage par la malhonnêteté avec laquelle elle est déployée. Le début du film montre des personnages excessivement perturbés, obsessionnels, violents. Les hurlements se succèdent, les situations ubuesques aussi. Pat est bon pour l’internement. À la fin, cependant, il ne reste plus rien de leurs troubles, de leurs personnalités originelles. Tout a disparu. Amoureux, les voici patients, doux et lucides. Alors certes, le réalisateur prend soin de suggérer que désormais Pat se soigne. Mais il le fait de façon trop anecdotique pour que le spectateur le note, et le message devient dès lors manipulateur : en modifiant les personnalités et en altérant les symptômes, Russell trompe son monde. Sait-il seulement ce qu’est le trouble maniaco-dépressif ? Croit-il réellement que l’amour peut le soigner ? Le propos est bien-pensant, idiot et nauséeux.

Au final, Russell pèche parce qu’il s’est frotté au genre de la comédie romantique avec des procédés de teen movies. Les acteurs sont mal dirigés et le scénario est accablant tant il est prévisible. On ne l’en voudrait pas autant d’avoir raté son film s’il n’avait enrobé ce fiasco d’une dimension intellectuelle aussi niaise que mensongère.

 

Date de sortie : 30 janvier 2013

Réalisé par : David O. Russell

Avec : Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert de Niro

Durée : 2h02

Pays de production : Etats-Unis