Romans solaires (3)

Dernière récolte avant que n’arrive l’automne…

D-acierPiombino, une ville industrielle, sur le littoral toscan. Ce n’est pas un lieu de vacances, c’est une terre de désolation dominée par l’aciérie, monstre à plusieurs têtes qui avale jour et nuit les hommes du coin. D’un côté de la via Stalingrado, il y a la plage, repaire des ados. De l’autre, les barres de béton. « La mer et les murs des barres d’immeubles, c’est comme la vie et la mort qui s’insultent ». En face, à quatre kilomètres, les plages blanches de l’île d’Elbe  narguent la population.

Anna et Francesca, à peine quatorze ans, sont les petites reines de ce royaume cabossé. Deux beautés fatales, qui baladent innocemment leur mini-short et attisent les concupiscences. Amies à la vie, à la mort, elles dansent devant les miroirs et rêvent d’évasion : devenir écrivain ou femme politique pour l’une, playmate à la télé de Berlusconi pour l’autre, ou simplement aller ensemble, pour la première fois, à l’île d’Elbe. Mais à l’aube de cet été 2001, la réalité sociale sape vite les rêves adolescents : plans de licenciement à l’aciérie, télé qui hurle face au silence des mères bourrées d’anxiolytiques, frères entre coke et petites combines, pères violents et démissionnaires…

Portrait social d’une Italie de banlieue, de laissés-pour-compte, Aciers est un premier roman hyperréaliste, entre Zola et Pasolini, qui décrit avec âpreté et finesse un monde ouvrier esclave du consumérisme, corrompu corps et âme par les sirènes hurlantes de l’hédonisme.

D’Acier, Sylvia Avallone, éd. Liana Levi, 2011, 410 pages

M.G

Quand Grady McNeil, jeune New-Yorkaise fortunée des années 40, renonce à accompagner ses parents en Europe, elle se retrouve face à « la blancheur de ciel d’été étendu devant elle comme une toile vierge ». A dix-sept ans, elle n’est plus tout à fait une enfant, pas encore une adulte et sa mère, sur le pont du Queen Mary, au moment du départ, a un sombre pressentiment : « On n’abandonne pas une enfant inaboutie, incomplète. »

Dans la ville caniculaire et vidée de la moitié de sa population, la jeune fille jouit avec ardeur et insouciance de sa jeunesse et de sa liberté nouvelle entre Peter, son ami raffiné, et Clyde, l’employé de parking dont elle est tombée amoureuse. Mais elle ne peut échapper au « naufrage citadin » qui se profile, inéluctable, sous les flèches du soleil.la traversée de l'été

Ecrit par Truman Capote à l’âge de vingt ans et retrouvé lors d’une vente aux enchères, ce premier roman, même s’il n’est pas exempt de quelques maladresses, étonne et séduit par la maîtrise de la narration et la force d’évocation de la ville américaine.

La traversée de l’été, Truman Capote, Le livre de poche, 141 pages.

M.S