Envoyée spéciale, Jean Echenoz

Au terme d’une escapade d’une dizaine d’années, Jean Echenoz revient, avec Envoyée spéciale, au genre qui lui a valu la reconnaissance et l’admiration du public, le roman d’aventure.  Se plonger dans ce tout nouveau récit, c’est comme retrouver un vieil ami que l’on n’a pas vu depuis un bon moment : très excitant, plutôt plaisant mais un peu longuet… Prenez une jeune parisienne désœuvrée, passablement riche et plutôt jolie, justement prénommée Constance pour son caractère flegmatique. Faites-la enlever par des agents secrets, dont l’un très séduisant, les autres parfaitement incompétents. Réservez le tout à la campagne quelque temps, au plus loin de la civilisation. Quoi de mieux que la Creuse, par conséquent ! Pendant ce temps, faites monter la mayonnaise en y incorporant délicatement un époux distant et indifférent, ex-star de la chanson, affublé du pseudonyme saugrenu de Lou Tausk ; un ancien associé pitoyable mais pas si incapable ; un nouvel associé dépressif et suicidaire ; plusieurs jeunes et jolies femmes et quelques autres personnages savoureux. Quand la préparation a suffisamment reposé, « c’est très simple, comme le précise le général à Constance, vous allez déstabiliser la Corée du Nord. » Accommodez le tout de diverses saveurs exotiques puis laissez mijoter patiemment. La recette a fait ses preuves et l’on y retrouve tous les ingrédients qui ont consacré le succès d’Echenoz. A commencer par un style unique qui manie avec génie l’art du décalage. Le langage le plus prosaïque y côtoie un vocabulaire des plus châtiés. Le subjonctif imparfait voisine avec des tournures pour le moins relâchées. La phrase s’allonge à loisir et se scinde alors qu’on ne s’y attend pas, pour laisser place à de longues digressions abracadabrantes quoique parfaitement renseignées. Le narrateur, omniscient, omnipotent et omniprésent, jette sur cet imbroglio un regard attentif pour s’amuser de l’effarement de...

Captain Fantastic, Matt Ross Mai20

Captain Fantastic, Matt Ross

Véritable coup de cœur de la sélection Un Certain Regard, ce film magnifique sur l’amour d’un père pour ses enfants est interprété par un Viggo Mortensen impeccable et profondément humain. Non, Captain Fantastic n’est pas l’histoire d’un super héros prêt à sauver le monde. Et l’arrivée à l’improviste de Jean Luc Mélenchon dans la salle (qui viendra prendre place sur le siège voisin au nôtre), n’y changera rien. Ben (Viggo Mortensen) et Leslie ont fait un choix radical: élever leur six enfants loin des artifices de la société. Installée en forêt dans un cadre idyllique, la grande famille vie en parfaite harmonie avec son environnement. Au programme quotidien: chasse à l’arc et au couteau, exercices physiques, escalade, entretien du potager. Mais pas seulement : cours de culture générale, de littérature, de musique … Le cadre posé par la caméra est superbe. Les vies des personnages sont bercées de nature, de culture et d’entraide. On a envie d’en être. Mais  ce parfait équilibre est bientôt rompu par le décès de Leslie qui, hospitalisée depuis plusieurs mois, met fin à ses jours. Ben et les enfants prennent la route pour se rendre à l’enterrement de leur mère bien aimée. La séquence de l’escale chez les cousins est  la plus réussie. On sait que le choc des cultures est inévitable. Le contraste entre les deux familles est saisissant. Certains respirent le mépris, obsédés par leurs jeux vidéos et leur dernière paire de Nike, quand d’autres veulent dormir dehors pour profiter des étoiles. Mais le scénario en fait un peu trop sur l‘éducation parfaite de ces Robinsons new age et ne laisse entrevoir aucune faiblesse dans cette litanie. Les ados parlent trois langues (dont l’esperanto), les plus jeunes ont des connaissances avancées sur l’anatomie humaine. D’autres encore sont capables...

Hands of stones, Jonathan Jakubowicz Mai18

Hands of stones, Jonathan Jakubowicz

Ambiance électrique au pied des marches du Palais des Festivals, ce lundi 16 mai à 22h, pour le grand retour de Robert de Niro qui présente Hands of Stones de Jonathan Jakubowicz. Plus qu’une simple projection hors compétition, c’est un véritable hommage que Le Festival de Cannes a voulu rendre à l’immense acteur américain de 73 ans. Quelques minutes avant le début de la séance, Thierry Frémaux, délégué général du Festival,  invite de Niro à monter sur scène sous les applaudissements. L’immense Théâtre Lumière est plein à craquer. L’acteur de Raging Bull se plie aux remerciements d’usage avant d’orienter son discours sur sa relation singulière avec le Festival (il a été président du jury en 2011). Quand l’acteur rejoint son siège, la salle est debout. Le film retrace l’histoire véritable de Roberto Duran, boxeur panaméen hors norme joué par l’excellent Vénézuélien Edgar Ramirez, présent dans la salle aux côtés du puncheur âgé aujourd’hui de 64 ans. Né dans l’un des quartiers les plus pauvres de Panama, le jeune Duran gravit rapidement les échelons du noble art. Il fait appel à un entraineur mythique, Ray Arcel, campé par Robert De Niro, pour devenir champion du monde de sa catégorie.  Commence alors un règne incontesté sur la boxe mondiale pendant plus de quinze ans, du début des années 70 au milieu des années 80. Ce film de boxe agréable au scénario sans surprise s’inscrit dans la tradition des classiques hollywoodiens du genre, sans bouleverser ni pour autant démériter. Date de sortie : Non connue Réalisé par : Jonathan Jakubowicz Avec : Robert de Niro, Edgar Ramirez Pays de production : USA,...

Apnée, Jean-Christophe Meurisse Mai17

Apnée, Jean-Christophe Meurisse

La sélection Un Certain regard présentait ce lundi «  Apnée », le premier long métrage de Jean Christophe Meurisse.  Un film émouvant, poétique, et complètement déjanté. Ils sont trois, et veulent tout faire ensemble: se marier, acheter un appartement, obtenir un prêt, passer un entretien d’embauche, être parents, passer un dimanche en famille…Mais à chaque tentative d’entrée dans le moule des gens et des vies ordinaires, le trio inséparable doit faire face à l’évidence: pour le couple extraordinaire qu’ils forment, la quête de normalité qu’ils se sont fixés est vouée à l’échec. Le film est pensé comme une succession de petites saynètes plus ou moins indépendantes. On passe sans prévenir du débat existentiel à des situations loufoques, parfois choquantes. Une discussion avec Jésus avant de le décrocher de sa croix, une autruche au rayon chips d’un supermarché, une chorégraphie de patinage artistique complètement nu. L’enchainement des situations désarçonne parfois, mais on pardonne rapidement la perte du fil rouge. On reste scotché au siège, passant du rire aux larmes,  émus par ces trois vies filmées de manière instinctive, caméra à l’épaule. Ce film est tout et rien à la fois, impossible à saisir. Que ceux qui ne souhaitent pas être bousculés passent leur chemin. Date de sortie : Octobre 2016 De : Jean-Christophe Meurisse Avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual. Durée : 1h29. Pays de production :...

Le Bon Gros Géant, Steven Spielberg Mai16

Le Bon Gros Géant, Steven Spielberg

Projeté hier sur la croisette, Hors Compétition, The BFG (Le Bon Gros Géant ), adaptation du roman de Roald Dahl par Steven Spielberg, est un conte pour enfant réussi. Bienvenue dans le monde imaginaire des géants, au pays des magirêves et des époumensonges. Sophie, une jeune orpheline d’une dizaine d’année, est insomniaque. C’est durant une ces longues nuits sans sommeil qu’elle se fait enlever par un gentil géant. Ce dernier l’emmène alors dans son lointain pays, et tout devient possible: les rêves et cauchemars virevoltent dans la nature comme des papillons, il suffit d’un filet pour s’en emparer. La grande réussite du film réside dans l’ambiance graphique que Spielberg  impose, jouant avec les ombres et les lumières d’une manière magistrale. Le scénario, simple et efficace, navigue tout en douceur entre conte fantastique, comédie et drame. Le film collectionne les clins d’oeil et références : on est plongé dans un étrange mélange d’Inception (le géant a un atelier de fabrication de rêve) et des Voyages de Gulliver, le tout dans le décors du Seigneur des anneaux. Les nuits londoniennes, magnifiques, rappellent la saga d’Harry Potter. Le personnage du Bon Gros Géant dans son atelier farfelu évoque Geppetto dans sa menuiserie, et l’arbre à rêve est la réplique exacte de l’arbre sacré d’Avatar. Mais toutes ces références finissent par agacer. On aurait voulu avoir la possibilité d’explorer le monde fabuleux des géants sans avoir l’impression de passer un test de culture cinématographique…  Date de sortie : 20 juillet 2016. Réalisateur : Steven Spielberg Avec : Ruby Barnhill, Mark Rylance, Rebecca Hall. Durée : 1h55 min. Pays de production :...